La tour du coteau de Goudourville

Ce que nous, Bernard et Emilie Garrigues, actuels propriétaires, en savons.

C’est un ancien moulin à vent. Il lui restait des vestiges d’ailes au début du vingtième siècle. Sur la photo, on voit l’arrière-grand-père de Bernard, Alfred Gérin, qui fut maire de Goudourville pendant quarante ans, et sa famille. Au premier plan son fils Pierre (1891- 1978), le grand-père de Bernard.

Le moulin est perché en haut d’un coteau et domine le hameau de Lalande, où se trouve notre propriété que l’on voit très bien en contre-bas. Dans notre famille et parmi les anciens habitants du pays, cet édifice a toujours été désigné sous le nom de « moulin à vent », même si Alfred Gérin avait fait enlever ses ailes et son mécanisme, obsolète et en piteux état, pour en faire un pigeonnier, au début du siècle dernier. D’où vient qu’un beau jour est apparue sur les documents touristiques l’appellation « moulin à poivre » pour le désigner ?

« Moulin à poivre » ! Aurait-on moulu du poivre dans ce moulin ? Du poivre arrivé à Auvillar par bateau et transporté jusqu’à Goudourville pour y être moulu ? Nous avons mené l’enquête.

On sait que les moulins à vent ont été utilisés pour monder l’orge et le riz, moudre le malt, presser les olives pour en tirer l’huile, ainsi que les graines de colza, de lin, de chanvre. Il existait des moulins pour écraser les graines de cacao, de moutarde et de poivre (ainsi que d’autres épices), et même des moulins à tabac (à fumer et à priser). Nous signalons, tout de même, que le Littré, magnifique dictionnaire, dit du moulin à poivre que c’est un petit appareil — le poivre, denrée rare ne pouvait être moulu qu’en petites quantités ! Notre moulin aurait-t-il servi à moudre autre chose que des céréales ? Nous ne le savons pas.

Nous avons interrogé les archives de Montauban et les associations qui s’intéressent à l’histoire des moulins sur cette appellation « moulin à poivre », sans obtenir d’explications satisfaisantes et surtout vérifiables.

On aurait dit d’un meunier dont le moulin n’était pas très rentable qu’il était « de poivre ». Cette information est assez séduisante mais « de poivre » n’est pas « à poivre ». De plus quiconque monte au coteau de Lalande par temps venteux peut constater que son emplacement était parfaitement choisi pour sa fonction.

On nous a parlé de sa forme. La poivrière est une guérite de maçonnerie à toit conique placée en encorbellement à l’angle de bastions, de châteaux forts, de tours, de maisons, d’hôtels particuliers, voire de ponts. Elle désignera plus tard une échauguette ronde ou une tour polygonale en encorbellement et à toit conique, prenant parfois le nom de tourelle. Par extension, elle désigne toute construction surmontée d’un toit en forme de cône.

Le moulin aurait-il appartenu à une personne dont le patronyme était Poivre !

Pour notre part, nous continuerons à appeler notre moulin « le moulin à vent ». Nous vivons sous sa protection tutélaire. Notre premier regard du jour est pour lui, notre dernier aussi, lorsque nous fermons nos volets. Depuis plusieurs générations notre famille y monte à chaque réunion d’importance. Nous espérons que notre descendance pourra perpétuer cette tradition.

Promeneur qui l’admirez, si vous savez quelque chose sur cet ancien moulin, dites-le nous.

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