UN CONTE POUR PETITS ET GRANDS (Emilie KAH)

J’ai écrit ce conte en 2004. J’ai pensé qu’il résonnait avec les temps bouleversés que nous vivons ; je l’ai ressorti de mes tiroirs.

Il y est question d’une guerre, de décisions graves, d’un enfant qui ne comprend pas qu’on puisse partir sans dire « au revoir » à son canard. La morale en est jolie : « Les parents n’ont pas toujours raison. En écoutant le cœur de leur enfant, ils obtiennent bien plus facilement son adhésion à des consignes contraignantes. »

 

CONTE VIETNAMIEN

Il était une fois, dans un pays lointain, un petit garçon qui s’appelait Hòng. Son pays était le Tonkin, et, dans ce pays, il arrivait que des petits garçons portent des noms de fleur. C’était le cas de Hòng. Aucun prénom ne lui aurait mieux convenu. Car Hòng veut dire « rose » en tonkinois et ce petit garçon avait, aussi bien dans sa physionomie que dans le secret de son cœur, toute la fraîcheur d’une rose au soleil du matin.

Hòng venait de fêter ses sept ans quand un grand malheur s’abattit sur lui. La guerre, qui rodait depuis quelques temps dans son pays, rattrapa sa famille.  On sait bien que la guerre provoque des choses terribles, et que, ces choses terribles, les petits garçons comme Hòng ont beaucoup de mal à les comprendre.

Un soir, dans la maison familiale, sous les tableaux de ses ancêtres, Hòng entendit son père dire à sa grande sœur Thi Muà. « Fuis vers le sud avec ton mari et tes enfants. Emmène avec toi ton petit frère Hòng. Veille sur lui comme une mère. » Hòng a embrassé son père qui pleurait et est parti dans la maison de sa sœur.

Le lendemain matin Hòng, très agité, tira le pantalon de Thi Muà : «  Grande sœur, je n’ai pas dit « au revoir » à mon canard, il faut que nous retournions chez notre père ! »  Mais Thi Muà était trop occupée aux préparatifs du départ pour accorder de l’importance à une affaire de canard.

« Thi Muà, il faut y aller ! Je veux faire mes adieux à mon canard ! disait Hòng, en tirant toujours sur le pantalon. 

– Ce n’est pas possible. Ne fais pas le bébé. Ton canard est très bien où il est. Père prendra soin de lui », répondait Thi Muà.

Au début de l’après-midi Hòng tira encore le pantalon de sa sœur pour renouveler sa demande. Thi Muà ne voulut rien entendre, elle faisait des paquets.

Alors, Hòng alla dans la cour, s’assit sur ses talons et pleura. Il faut vous dire que l’amitié de Hòng et de son canard était une chose peu habituelle. Cinq ans auparavant, alors que Hòng était encore un bébé, sa maman était revenue du marché avec ce canard. Son intention était de le gaver, puis de le tuer pour le faire cuire à l’occasion du grand repas de la fête du Têt, qui est le nouvel an au Tonkin. Mais voilà que le canard, au lieu de rejoindre ses congénères dans la mare familiale, s’était mis à suivre Hòng pas à pas. Toute la famille l’avait remarqué, toute la famille s’amusait de voir le petit garçon et l’animal. Car le canard était aussi grand que Hòng. Il était gris, avec des ailes bleutées, des petits yeux mobiles et un très joli bec jaune. Quand Hòng s’arrêtait, le canard s’arrêtait et attendait, la tête rejetée en arrière, avec l’air de poser une question. Quand Hòng repartait, il le suivait, le cou en avant, tout le reste en arrière, en se balançant avec une nonchalance joyeuse. Les voisins étaient accourus et riaient avec la famille devant ce spectacle, si bien que la maman fut obligée de dire : « On ne mangera pas ce canard, désormais c’est le canard de Hòng ! »

Hòng était toujours dans la cour, il ne pleurait plus. Il réfléchissait. Toute sa jolie frimousse, sous sa frange de soie, était devenue butée. Il se disait que le refus de sa sœur n’était pas justifié. Thi Muà aurait dû se souvenir que ce canard était tout ce qui restait à Hòng de sa mère. En effet, la maman de Hòng était morte, deux ans auparavant, en donnant naissance à une petite sœur. Au moment de partir, de fuir vers le sud, comme l’avait dit son père, Hòng avait senti confusément dans son cœur d’enfant qu’en ne disant pas « au revoir » à son canard, il n’avait pas dit  « au revoir » à sa mère.

Hòng sortit de la cour et courut vers l’arrêt de l’autocar. Quand le chauffeur vit monter le petit garçon, il ne fut pas étonné. Il avait l’habitude de le voir, car l’autocar appartenait au père de Hòng. Le petit garçon dit seulement : « Je vais dormir chez Père. » Pendant les sept kilomètres du voyage, Hòng pensa à une seule chose : « Thi Muà est injuste. Son refus n’est pas légitime. Je dois dire «  au revoir » à mon canard ! Je le dois ! »

Quand Hòng arriva chez son père, il n’entra pas par l’allée habituelle. Il passa par les champs de riz. Ceux-ci ondulaient comme des vagues d’émeraude  en bruissant sous le vent. Accroupi sur les diguettes, Hòng se faufila jusqu’à la mare. Là, il vit son cousin Lôc occupé à remplir des arrosoirs d’eau destinés à ses légumes. Il attendit que celui-ci soit tout au fond du jardin, dans les carrés d’aubergines, pour siffler doucement son canard. Le bel oiseau vint vers lui, moitié courant, moitié volant, car cette espèce de canard est capable de voler au ras du sol. Les retrouvailles des deux amis furent joyeuses. Ils commencèrent par un combat amical, qui était leur jeu préféré. Le canard, lourd et pataud, se précipitait le cou en avant, les yeux rieurs. Hòng esquivait ses coups de bec en lançant sa jambe très haut, comme pour un combat de boxe thaïe. Le canard passait sous la jambe, freinait brusquement à en tomber sur son croupion, faisait demi-tour et se lançait à nouveau. Et Hòng riait, riait… riait tant que ses gestes en devenaient désordonnés. Le canard aussi riait ! Si, si je vous assure ! Il poussait un couinement incroyablement perçant à la fin de chacune de ses glissades. C’est ainsi que les canards rient au Tonkin ! Les deux combattants finissaient par se fatiguer. Quand Hòng s’asseyait par terre en disant : « j’ai perdu », le canard se couchait devant lui et posait sa tête sur les genoux du petit garçon.

Hòng se souvint tout d’un coup qu’il était venu pour des choses bien plus sérieuses. Il prit la tête de Con Ngan – c’était le nom du canard – et lui parla doucement. Ce qu’il lui raconta, on ne le sait pas vraiment. Sans doute ses secrets de petit garçon malheureux. Mais il lui dit sûrement aussi des paroles magiques. Car lorsque Hòng monta dans le manguier, celui qui était presque aussi haut que la maison de son père, Con Ngan prit son envol et rejoignit le petit garçon. Ce qui était, vous en conviendrez, tout à fait extraordinaire, puisque cette espèce de canard ne vole habituellement qu’au ras du sol. Bien installés sur une grosse branche, les deux amis se régalèrent des fruits doucereux de l’arbre. Le soleil flamboyant se coucha derrière la maison en laissant des zébrures roses dans un ciel d’un bleu métallique et les premières étoiles naquirent. Alors dans l’odeur acre qui montait de la mare, à laquelle se mêlait celle si tenace des pétales blancs des pamplemoussiers de la cour, Hòng et Con Ngan s’endormirent l’un contre l’autre.

Le lendemain matin Hòng fut réveillé par les cris de son père et de sa sœur. Ceux-ci paraissaient inquiets et très en colère. Hòng serra son canard et dit d’une voix plaintive : « Je suis là Père, je suis dans le manguier». Mais il n’osa pas descendre. Les adultes s’approchèrent et ce qu’ils virent apaisa immédiatement leur courroux. Le canard ! Le canard, dans le manguier, s’était dressé sur la grosse branche pour protéger Hòng. Alors, devant une telle preuve de l’amour qui liait le canard et l’enfant, devant cette évidence, si évidente, si tranquille, Thi Muà sut qu’elle n’avait aucun reproche à faire à Hòng et, qu’effectivement, il fallait que ces deux-là se fissent leurs adieux.

Elle dit simplement : « Tout est bien Père, Hòng va venir avec moi à présent. » Le petit garçon descendit de l’arbre, le gros canard vola jusqu’au sol. Hòng embrassa son père et mit sa petite main dans celle de sa sœur. Con Ngan leur ouvrit le chemin en se dandinant fièrement. Arrivé au bout de l’allée, il se retourna, fit une révérence à Hòng et, après un clignement de son œil droit, il partit, moitié courant, moitié volant, vers la mare.

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LITTÉRATURE ET VOIX

Il ne vous a pas échappé, cher lecteur attentif de ce blog, que depuis, quelques temps, je donne de la voix d’une nouvelle façon. Et oui, je me suis remise en scène ! J’ai trouvé, en la personne de Martine Tonon, une partenaire, une complice. Nous chantons ensemble sur les places publiques et nous avons ouvert ensemble un atelier dédié à la voix.

Pas à Paris, à Castelsagrat ! 

Vous connaissez déjà les ateliers que je consacre à l’écriture, durant lesquels je demande aux participants de soigner la lecture à voix haute de leur travail, au point que je les invite à cet exercice en public, au cours de nos lectures-concerts. Pour moi écriture et lecture sont intimement liées. Un texte ne prend véritablement tout son sens que lorsqu’il est incarné. Lorsqu’un corps le transmet par sa voix et son cœur à un autre corps qui le reçoit par ses oreilles et son cœur.

L’art de bien lire — et de bien parle­r et même de bien chanter — est comme un entrainement, une invitation, un champ d’expérimentation à celui de bien écrire. Il conduit à se poser des questions sur la langue (ponctuation, musicalité, rythme, style, etc.) et sur ses fonctions (raconter, transmettre, communiquer, partager, etc.).

La voix conduit à la littérature et la littérature conduit à la voix.

Pour en savoir plus consultez

http://emilid.com/spectacles/

https://emilid.com/atelier-voix/

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Écrire une nouvelle à partir d’une photo

BURN OUT

Regardez cet homme qui passe, là, dans le jour finissant. C’est vous. Un pardessus gris souris confortable, des chaussures qui ne blessent pas les pieds — vous ne marcheriez  pas si aisément. Est-ce par coquetterie ou pour protéger votre crâne chauve que vous portez chapeau ? Les derniers rayons du soleil sont impuissants à réchauffer l’air glacé. Que diriez-vous de l’éclairage ? Qu’il est franc… C’est le mot juste ; la lumière dessine les contours de tout ce qu’elle touche. Quant aux âmes, quant à la vôtre, elle les pénètre jusqu’aux tréfonds.

Regardez-vous mieux, observez-vous, détaillez-vous : vous êtes cet homme qui marche dans la ville. Au bout de votre bras droit : votre serviette — votre servitude, car elle est votre outil de travail et contient tout ce qui est indispensable à un état que vous ne supportez plus. Votre main gauche vient de monter à votre visage. Est-ce pour vous gratter le nez ou pour la réchauffer de votre haleine. Car, tiens, vous n’avez pas vos gants. Vous les auriez oubliés, lors de votre dernière visite ! Comment avez-vous pu les laisser sur la table de votre patient ? Vous ne sortez jamais, jamais sans vos gants, l’hiver. Cette distraction ne vous ressemble pas. À ce constat votre raison vacille.

Vous voilà désaccordé. Pourquoi, aussi, vous appliquez-vous à être ce qu’on attend de vous — un personnage respectable et respecté de la ville. Est-ce si important d’être un homme important ? Que d’efforts on fait, dans la vie, pour se hisser au-dessus des autres ! D’où vient ce besoin ancestral de reconnaissance sociale. Vous vous êtes épuisé à cette tâche. Vous avez aussi épuisé les autres : Aurélie, votre épouse, pas assez bien pour votre famille, à laquelle vous avez été contraint d’apprendre les usages, vos fils qui, lorsqu’ils étaient classés seconds, vous entendaient dire immanquablement : « Il n’y a qu’une place qui vaille, la première. »

C’est bien de vous qu’il est question. Mais oui, de vous : le docteur Pierre. Est-ce votre prénom ou votre nom ?  Combien de fois ne vous a-t-on pas posé cette question. Pas dans cette ville où tout le monde connaît le docteur Jérôme Pierre, fils du docteur Alain Pierre, petit-fils de… 

Qui songerait à contester votre légitimité à vivre et exercer votre art ici ? Quelqu’un vient de le faire ! À vous remémorer l’événement — car c’en est un pour celui que vous êtes —, vous voilà sidéré, accablé. Votre tête penche, vos épaules peinent à la tenir. Est-ce de fatigue, de colère, pire de honte ? Vous en avez oublié vos gants. Ressaisissez-vous, que diable, redressez-vous ! Que vous arrive-t-il ? D’où venez-vous pour être si chamboulé ? Des « quartiers », mais ce n’est pas la première fois que vous y allez. Toute agglomération a des quartiers qu’elle cache, qu’elle voudrait ne pas exister et qui régulièrement se rappellent à son bon souvenir par quelque fait délictueux : bagarre, incendie de voiture, viol, drogue, crime parfois. Vous en venez ; rien d’étonnant — ne vous appelle-t-on pas « le médecin des pauvres » ? Vous en auriez assez de cette étiquette ? Trop, ce serait trop ? Vous seriez bon jusqu’à un certain point ? La bonté n’a pas de limite ou n’est pas. Quoi ! les malades que vous venez de visiter vous ont insulté. Ils vous rendent responsable de leur délabrement physique, puisqu’il découle de leurs problèmes sociaux, environnementaux, pour lesquels des gens comme vous ne feraient rien. Ils ne manquent pas de logique, les gens des « quartiers ». Sans compter qu’ils vous ont jeté vos honoraires à la figure en vous disant que c’était de l’argent facilement gagné. Là, ils ont tort, il est difficile, harassant, jour après jour, année après année, de prendre en charge les maux des autres, de les écouter, de les réconforter, de les soigner au mieux de ses possibilités. La preuve ; ce soir vous êtes épuisé. Quoi, les études ? Elles sont difficiles. Vous n’avez pas de mérite, vous aviez les moyens intellectuels et financiers de les faire. Taisez-vous donc. 

Vous êtes scandalisé, découragé de la nature humaine et de la vôtre. Remettez-vous, vous arrivez dans des lieux plus riants. Le pavement est propre et blanc, les trottoirs sont larges et accueillants ; on y entre dans le crépuscule d’un pas allant, presque joyeux. Dans cinq minutes vous verrez votre immeuble. Vous venez de ralentir le pas. Quoi ? Vous n’avez pas envie de rentrer chez vous. Vous ne rentrerez pas ce soir. Votre femme vous attend ; vous le savez. Hein ! vous ne voulez pas la voir vous tendre, avec son éternel sourire triste, le verre de whisky qu’elle vous aura préparé. C’est nouveau ça.

Mais que faites-vous ? Pourquoi vous asseyez-vous sur le trottoir, dos contre la façade de cet immeuble de bureaux. Auriez-vous un malaise ? Non, vos gestes ne sont pas altérés. Vous êtes tout à fait décidé à les accomplir. Vous avez mis votre serviette dans vos reins, relevé votre col, hésité entre croiser vos jambes en tailleur et les replier sur votre poitrine  et… posé votre chapeau retourné devant vous. 

Tout d’un coup, l’état de clochard vous a semblé le plus enviable. Plus de responsabilités, plus de femme à contenter, plus de fils à guider, plus d’ordonnances à rédiger, plus de formulaires pour la Sécu, plus de comptabilité… Vous soupirez de soulagement. 

Vous n’avez pas encore froid.

Emilie KAH septembre 2019

Découvrez la présentation du prochain stage sur l’art de la nouvelle que j’organise, conjointement avec Odile Zeller (Plumes d’ici et d’ailleurs), dans l’onglet Ateliers d’écriture/ Aller plus loin dans l’écriture

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Ecoutez Boris Cyrulnik

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Sans souffle, pas de voix

« Apprendre aux autres une technique vocale pour mieux parler, mieux projeter sa voix, avoir une meilleure élocution, diction, est aussi une façon de défendre notre langue. »  — Jean-Philippe LAFONT – Chanteur lyrique et désormais « maître d’éloquence »

Il y a de longues années que je lis à haute voix. D’abord, j’aime ça ; c ‘est un bonheur d’entendre les mots « sortir » du fond de son ventre. La lecture à haute voix, tout comme l’écriture, n’est-elle pas organique ? Ensuite, cette habitude me permet de vérifier la musicalité de mes propres écrits, de les mâcher et remâcher, jusqu’à ce qu’ils sonnent à ma guise. Enfin, en entendant un texte vivre, je m’entends vivre moi-même.

Je pratique la lecture à haute voix dans la sphère privée — je lis beaucoup pour moi, mais aussi pour mon mari, principalement en voiture ! —, et dans la sphère publique : ateliers d’écriture, « Soupes aux livres », interventions avec mon orgue de barbarie, durant lesquelles il m’arrive de mêler mes propres textes aux chansons des autres.

Parole, musique, musique de la parole, tout est lié. La grande Nathalie SARRAUTE ne disait-elle pas :« Quand j’écris, j’écoute. J’écoute chaque mot. Et quand je lis, c’est pareil. Tout ce que je lis, je l’entends. » ?

Quand on a, comme moi, le privilège d’écrire et d’être publiée, qu’on a, de plus, un petit bagage musical, il convient de mesurer sa chance et de ne pas gâcher ses talents. 

 Faire fructifier mon petit capital et le donner en partage                     

Améliorer la technique indispensable à mes pratiques, tel était donc mon objectif en m’inscrivant à un stage de lecture à voix haute. Durant cinq demi-journées de ce mois de juillet, dans la belle cité de Rabastens, Anne, Anne-Marie, Alexandra, Corinne, Isabelle, Monique et moi avons profité des conseils de Gilles FOSSIER (CRL). Personne n’a la science infuse. Si, pour l’art dont je parle, lire beaucoup, ne pas perdre une occasion d’écouter les autres (lecteurs publics, comédiens, conférenciers, orateurs,…) nous donnent de bonnes pistes de progression, rien ne peut remplacer les leçons de celui qui a appris à apprendre, qui a le goût et la volonté de transmettre des techniques et des expériences : le maître

Suivez la partition de l’auteur, prononcer toutes les syllabes (vous allègerez après), faites entendre les silences — c’est la ponctuation qui détermine le rythme du texte —, allez-y, soyez-y, communiquez avec ceux qui écoutent, sentez-les réfléchir, penser, s‘émouvoir, attention au souffle défaillant, sans souffle pas de voix, repérez l’acmé, pensez à la flèche dramatique, évitez les gestes, entraînez-vous, prenez des risques, gardez une part d’innocence… Emilie, mets de la chair dans tes voyelles ! 

Nous avons travaillé d’arrache-pied dans l’écoute et la bienveillance mutuelles. J’ai l’impression d’avoir beaucoup appris. Merci à Gilles et à mes camarades. Serai-je capable de mieux lire désormais ? 

Sur le chemin du retour, dans cette vague mélancolie qui accompagne la fin de tout stage, en me remémorant tous ces conseils, je me disais : « Restent la grâce, le charisme, qui font toute la différence et qui ne s’apprennent pas. »

De gauche à droite : Monique, Alexandra, Emilie, Gilles, Anne, Anne-Marie, et Isabelle
Photo : Corinne
Et Corinne !
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Et de trois ! L’atelier d’écriture de Lalande est une plante vivace.

Les ateliers d’écriture sont à la mode ; il en fleurit un peu partout. Certains sont annuels, d’autres vivaces. Nos lecteurs nous pardonneront cette comparaison jardinière — ne sommes-nous pas « gens de la campagne » ! Oui, l’atelier de l’association « PRÊTE-NOUS TA PLUME » est de ces plantes qui repartent chaque année, sans jamais décevoir. Il vient de vivre sa troisième saison.

LES CLÉS DU SUCCÈS

1 un endroit bien choisi : Lalande, salle chaleureuse et bel environnement.

2 un bon jardinier : l’animatrice connaît son affaire et ne cesse d’enrichir ses connaissances pour susciter l’envie d’écrire de l’atelier.

3 de l’entretien : régularité et bienveillance d’une douzaine de passionnés.

4 de l’amour : engrais deux fois par an pour bien se développer et rayonner.

NOS LECTURES-CONCERTS

Elles consistent à donner à entendre certains de nos textes d’atelier à un public de proches et d’amateurs de lecture à voix haute, en invitant un musicien pour que la fête soit plus belle.

Pour sa troisième saison, notre atelier a reçu, en janvier, Dmitri TOKAREV https://nooneisreal.bandcamp.com/, contrebassiste et, en juin, Bruno RAPIN, guitariste, chanteur, conteur. Deux artistes merveilleux, dans des genres très différents et des moments inoubliables !

L’atelier fonctionne les deuxièmes et quatrièmes jeudis de chaque mois d’octobre à juin, à Lalande, de 18h 30 à 20 h. Prochain atelier : jeudi 10 octobre 2019. Participation : 20  € par trimestre.

Un public ravi
Dmitri TOKAREV est venu à Lalande,
l’ami Bruno RAPIN aussi

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Conférence de mon frère Olivier KAH

Neurobiologiste et physiologiste,  qui fut chercheur au CNRS pendant 40 ans, à Bordeaux puis à Rennes, Olivier KAH a écrit 300 articles scientifiques au cours de sa carrière. Il continue ses activités en tant que directeur de recherche émérite au CNRS Institut de Recherche en Santé, Environnement et Travail (INSERM / Université de Rennes 1). Il a écrit de nombreux ouvrages, dont Les perturbateurs endocriniens, ces produits qui en veulent à notre santé.

«Mon objectif – explique-t-il- est de rendre accessible le fruit de mes recherches, de permettre à chacun de mesurer les conséquences importantes de certains produits sur notre santé et celle de nos enfants. A l’heure où l’Europe doit prendre des mesures concernant ce problème de santé publique, c’est important de comprendre quels sont les enjeux»

On les appelle perturbateurs endocriniens, mais de quoi parle-t-on ? Bisphénols, phtalates, PCB, retardateurs de flamme, autant de substances largement présentes dans notre environnement et susceptibles d’altérer l’action de nos propres hormones.  Ces produits sont accusés d’être responsables de l’augmentation de certaines pathologies (baisse de la fertilité, autisme, obésité, cancers, troubles du neurodéveloppement…). La conférence fera un point objectif sur toutes ces questions d’actualité, et dans un langage accessible à tous.Elle sera suivie d’un débat.

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Cerveau créatif ?

Le magazine Cerveau et Psycho avait publié, en mars 2018 (n°97), un article signé Sébastien Bohler, qui m’avait vivement intéressée. 

En effet, je suis toujours à l’affut des progrès des neurosciences concernant la créativité pour les confronter à mon vécu. Comment naissent nos idées, comment sont-elles traitées par notre cerveau, comment en faire quelque chose pour nos écrits et pour notre vie en général ? 

Si le cerveau droit semble toujours jouer un rôle primordial dans la créativité, il a cessé d’être considéré par les scientifiques comme le seul siège de celle-ci. Des méthodes de neuro-imagerie très perfectionnées ont permis à des chercheurs de l’université Harvard à Cambridge (Roger Beaty) de localiser les trois réseaux neuronaux qui déterminent la créativité d’un individu. Ces réseaux intéressent les deux hémisphères du cerveau ; ils s’activent simultanément dans l’acte créatif. Le premier nous permet de rêvasser (« réseau par défaut »), le deuxième attire notre attention sur toute particularité intéressante de notre environnement (« réseau de saillance »),  le troisième concentre et organise (« réseau de direction »).  

Le hic est que ces trois réseaux ont tendance à fonctionner séparément, pire à s’opposer ! «  Il n’est pas donné à tout le monde d’être en même temps rêveur et méthodique » , conclut Sébastien Bohler.

Pour créer il faut donc s’appliquer à :

— produire de nombreuses idées ;

— sélectionner, parmi ces idées, celles qui sont intéressantes pour un projet donné ;

— les mettre en forme de façon rigoureuse et obstinée.

N’est-ce pas ce que nous proposons dans nos ateliers d’écritureÉmilieD ® ?

Est-il possible d’améliorer la connectivité entre ces trois réseaux ? Les chercheurs ne le disent pas encore. 

Que faire, donc, en attendant d’en savoir davantage, pour améliorer notre créativité ? 

Travailler et persévérer, sans oublier :

— de s’autoriser à ne rien faire pour laisser notre esprit vagabonder ;

— de ne pas s’arrêter à la première idée, mais d’en chercher beaucoup d’autres pour choisir les meilleures.

Mon amie, Odile Zeller (Plumes d’ici et d’ailleurs), et moi-même proposerons prochainement un stage Éveilleur d’idées ®.Il vous donnera des méthodes pour multiplier vos idées.

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Promotions sur les asticots

J’adore les exercices d’écriture de Pascal Perrat. Ils stimulent l’imagination, ils nous obligent à nous creuser les méninges ?

Mais que veut dire « se creuser les méninges » ? Réfléchir, d’accord. Mais comment ? L’expression dit bien qu’il s’agit de faire un intense effort, quasiment physique.

Je me propose de vous expliquer comment je procède pour répondre à la proposition d’écriture suivante.

Rédigez un texte promotionnel à partir de ce titre : « Promotions sur les asticots »

C’est plutôt loufoque comme sujet. La première chose qui vient à l’esprit est un simple panonceau dans un magasin d’accessoires de pêche à la ligne : « Pour fêter l’ouverture, promotions sur les asticots ! ».  C’est un peu court. Je fais la liste de tout ce que je sais sur les asticots, je vais vérifier sur Internet si ma mémoire n’est pas défaillante. Je connais aussi le terme d’argot « asticoter » qui signifie agacer à de multiples reprises et aussi le terme « asticot » utilisé pour un gamin particulièrement remuant. Je discute avec mon mari, très connaisseur du monde animal. Bref je recueille des matériaux et je laisse infuser quelques jours. Le sujet de cet exercice est quelque part dans ma pensée, il affleure de temps en temps, mais je ne suis pas prête.

Je vous disais que « se creusez les méninges » est une action quasi physique ? Alors voilà ;

Je suis le commerçant qui écrit son panonceau. Je sens la craie entre mes doigts et l’ardoise sous mon coude. Je le veux informatif, amusant avec une bonne dose d’humour noir. Alors j’écris :

PROMOTIONS SUR LES ASTICOTS

Asticotez ! Asticotons !

Que vous les aimiez en boîte en fer ou en sachets papier, nous pouvons vous les fournir, toujours bien vivants, bien gras, bien grouillants dans leur sciure de bois.

1 Pour la pêche, c’est d’ailleurs leur utilisation la plus répandue.

2 Pour nettoyer une plaie. Les asticots se nourrissent de tissus morts. Ils ont été souvent utilisés à cette fin dans les infirmeries de fortune des champs de bataille. Ils le sont encore ; il y a toujours une guerre quelque part.

3 Pour vous débarrasser plus vite d’un cadavre, saupoudrez-le d’asticots. Il sera plus vite nettoyé « à l’os ». Nous avons, à cette fin,  des conditionnements par 5 kg.

4 Utile aussi pour tromper le médecin sur l’heure de la mort de votre abominable voisin…

5  Faites une farce à votre belle-mère : mettez quelques asticots dans son assiette de riz. Elle n’y verra que du feu… Elle a bien besoin qu’on l’asticote.

6 Pour faire croire que votre vulgaire fromage de brebis est du cazu marzu et que vous l’avez rapporté de Sardaigne, glissez-y quelques asticots. Pas sûr que ce fromage grouillant plaira à vos invités, mais l’effet est garanti.

7 Nous avons aussi deux asticots en magasin, deux gamins, un « patapouf » et un « filifer », bien vivants, bien agités pour lesquels nous cherchons une baby sitter.

Beaux, beaux, nos asticots !

Remarque : ma pensée a d’abord été divergente, elle a cherché dans tous les sens. Puis elle a été convergente, au moment où elle a choisi la forme de sa réponse à la proposition d’écriture. J’espère vous avoir amusés. J’attends vos commentaires

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La « petite madeleine » de PROUST

Tout le monde connaît l’histoire de Marcel Proust et de sa petite madeleine. Mais qui s’intéresse à la façon dont il a fait revenir ce souvenir en lui ? Une « éveilleuse d’idées », bien sûr ! Jugez plutôt.

Proust vient de manger un morceau de madeleine trempé dans du thé.

(…) Mais, à l’instant même où la gorgée mêlée de miettes de gâteau, toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. (…) D’où avait pu me venir cette puissante joie ? (…) Que signifiait-elle ? Comment l’appréhender ? (…) Je pose ma tasse et me tourne vers mon esprit. C’est à lui de trouver la vérité. (…) Il est en face de quelque chose qui n’est pas encore et que seul il peut réaliser et faire entrer dans la lumière. (…) Je demande à mon esprit un effort de plus, de ramener encore une fois la sensation qui s’enfuit. (…) J’écarte tout obstacle, toute idée étrangère (…) Mais sentant mon esprit qui se fatigue sans réussir, je le force au contraire à prendre cette distraction que je lui refusais, à penser à autre chose, à se refaire avant une tentative suprême. Puis une deuxième fois, je fais le vide devant lui, je remets en face de lui la saveur encore récente de cette première gorgée et je sens tressaillir en moi quelque chose qui se déplace, voudrait s’élever, quelque chose qu’on aurait désancré, à une grande profondeur ; je ne sais ce que c’est mais cela monte lentement (…)

Arrivera-t-il jusqu’à la surface de ma claire conscience, ce souvenir, l’instant ancien que l’attraction d’un instant identique est venue de si loin solliciter, émouvoir, soulever tout au fond de moi. (…) Dix fois il me faut recommencer, me pencher vers lui.

(…) Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu.

J’aurais voulu vous recopier l’intégralité du texte, tant chaque phrase y est importante. La suite vous la connaissez.

Folio n° 820 Du côté de chez Swann– Marcel PROUST  p 56 à 61

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