BORN TO LOSE

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                  C’est un petit cimetière de campagne, perché en haut d’un coteau, qui, faute de mieux, s’est développé sur la pente. Lorsque vous y grimpez depuis le vallon et qu’enfin vous découvrez son église, elle vous semble accompagnée du cortège de ses fidèles défunts, allongés ou dressés suivant la conformité de la tombe qui les abrite. Au fil des saisons des écharpes de brouillard de nuit aiment s’y attarder et flirter avec les rayons du soleil levant. Visiteur matinal, elles vous enveloppent comme les volutes d’une fumée de pipe. L’humidité qui vous mouille le visage et désaltère vos lèvres fait luire les marbres et verdir les mousses des pierres vénérables et tutélaires. La lumière réveille la dorure fanée de leurs inscriptions. C’est ainsi que la vie et la mort se côtoient dans une familiarité sauvage et sensuelle, délicate et adorable.

                  Le silence est si total qu’il vous semble l’entendre. 

                  Il se pourrait qu’un certain jour d’hiver, vous soyez étonné de trouver en ces lieux oubliés un vagabond devant un caveau récemment ouvert et refermé sur un nouveau défunt. Sous le tympan de pierre gravé aux armes de la famille, une couronne de fleurs blanches absolument somptueuse, ne portant aucun bandeau, aurait pu, malgré ou en raison de son anonymat, avoir été choisie parmi tant d’autres pour orner la grille du tombeau. Vous pourriez peut-être même voir l’homme y prélever deux pétales de rose cristallisés de givre pour les ranger avec précaution dans son portefeuille, observer sa face immobile empreinte d’une tendresse ineffable et sans espérance, avant d’y voir couler des larmes bénies car longtemps refusées. Puis le regarder descendre d’une démarche incertaine le méchant chemin de pierres. Trop loin de lui, vous ne pourriez l’entendre chantonner Born to lose de Ray Charles

2

                   Tu vois, ce gars ? Oui ce vagabond, qui marche devant nous. Regarde-le bien. Tu as vu comment il s’y prend pour avancer. Il arrache son pied droit du trottoir, il le balance un peu, avant de le poser en avant avec précaution, comme s’il craignait que le sol se dérobe. C’est bon ! Maintenant le pied gauche. C’est pas son meilleur, sa jambe gauche est plus courte que sa droite. L’opération est délicate. On dirait qu’il va tomber. Mais non, d’un coup d’épaule, il se redresse et il recommence : il marche. Il sait bien que s’il s’arrête le froid le prendra. Alors, flip, flop, dans un bruit de succion du macadam, il continue. Eh bien, tu sais qui c’est, ce lèche-trottoir ? Tu ne le reconnais pas ? Oui, bien sûr il a changé, mais cette grande taille et cette boiterie ne te rappellent pas quelqu’un ? Tu ne vois vraiment pas ? 

                  James Simon ! James Simon ! Ce nom ne te dit rien ! Alors là tu me la coupes ! Attends que je te rafraîchisse la mémoire. James Simon qu’on appelait Jimmy. Tout le monde le connaissait à Agen, donc toi aussi ! Un sacré beau gosse, quand il était jeune. Tu ne t’en souviens pas : toutes les filles en étaient dingues. Demande à ta sœur, je suis sûr qu’elle s’en souviendra. Parle-lui du Jimmy, qui ressemblait au Che. Le Che, Guevara, Ernesto pour les dames, ça tu connais ! Hein ? Forcément un révolutionnaire comme toi. Et bien Jimmy, il avait un air du Che. Le cheveu noir et la mèche ravageuse. En plus grand, plus costaud aussi. Tu ne vois pas ? 

                  Rappelle-toi sa moto alors ! Il avait une fatboy. Une fatboy ! Toujours amnésique ? Une Harley Davidson, noire, basse, avec une selle monoplace, qui faisait un bruit qu’on aurait dit une musique de Wagner. Ne me regarde pas avec ses yeux ronds ! Même que tous les dimanches, vers les onze heures, il venait à la Brasserie de la Gare. On l’entendait arriver par le boulevard Carnot. Ah, quelle symphonie ! « Voilà la fat » qu’on disait ! On était là, toute une petite bande avec nos motos, des japonaises pour la plupart, à discuter esthétique et mécanique de nos machines respectives. Quand la fatboy arrivait, on se taisait d’un coup. On lui faisait une haie d’honneur. Il n’y en avait plus que pour elle et pour Jimmy ! Faut dire que la fatboy, c’est une moto mythique, avec une sacrée classe et une sacrée histoire ! J’te la raconterai une autre fois, si ça t’intéresse, ce qui m’étonnerait, vu que tu ne te souviens pas de la moto de Jimmy. Jimmy restait assis sur sa fat, les pieds bien à plat parce qu’elle est basse cette bécane. Il fumait, du velours dans les yeux pour les filles, de la morgue plein la bouche pour les péteux qu’on était, nous avec nos japonaises. C’était Easy Rider à la gare d’Agen ! Et tu ne t’en souviens pas ! Mais où t’étais ? En train de vendre l’Huma au marché de la Place du Pin ?

                  Bon je vais faire autrement. Jimmy a été au « technique », mais jamais dans notre classe. Il était plus âgé que nous. Et même s’il avait été une star du lycée, que tu ne te souviennes pas de lui au bahut, je peux comprendre. Il travaillait déjà avec son paternel quand, nous, on passait le bac. Et bien son paternel, c’était Serge Simon. Tu sais celui qui jouait au SUA. Pilier qu’il était, une force de la nature  comme ça, on n’en fait plus ! Mais si, rappelle-toi ! Un ancien du rugby d’Agen qui se suicide, ça fait la une du Petit Bleu, de Sud-Ouest et de La Dépêche réunis. T’as vraiment la tête percée, si t’as aucun souvenir de lui ! Serge Simon, le Serge qui tenait un garage sur la route de Cahors, qu’avait une femme belle comme un camion. La pompiste, les fesses moulées dans des pantalons de cuir l’hiver, les seins qui giclaient de ses débardeurs au premier rayon de soleil, tu t’en souviens ? Et bien, c’était la femme de Serge, donc la mère de Jimmy. On disait qu’elle était américaine. C’est sûrement pour ça qu’elle avait appelé son fils James. Tu ne peux pas l’avoir oubliée. Je vois une petite lueur dans tes yeux. La mémoire te reviendrait-elle au souvenir de la belle Lola ? Eh bien, un jour, elle en eu marre de Serge ou de servir de l’essence, ou des deux ; elle a filé avec un routier. Un divorce, c’est jamais bon pour les affaires. Le garage a coulé et Serge Simon s’est pendu. Oui, pendu ! 

                  Un peu après Jimmy a eu son accident de moto. Il a rencontré une voiture qui ne tenait pas sa droite dans un virage. Il a volé dans les airs ! La fatboy est partie à la casse et son pilote à l’hôpital pour plusieurs mois. Et sa patte folle à Jimmy, c’est une séquelle de cet accident. C’est moche, il n’avait aucun tort dans la collision, la voiture n’était pas à sa place… Après on a perdu Jimmy de vue. Tout le monde disait qu’il était en Amérique, à cause de sa mère. Il en est revenu. La preuve : c’est lui qui marche devant nous. Je t’assure. J’ai parlé avec lui la semaine dernière : c’est bien lui ! Il va à la gare, pour retrouver une vieille atmosphère sans doute, pour repenser à sa fatboy. Quel destin : Born to lose ! C’est une chanson de Ray Charles, je ne te demande pas si tu t’en souviens. T’as pas de mémoire, on dirait. C’est commode, remarque : tu es neuf chaque matin ! 

PS : Born to lose https://www.youtube.com/watch?v=EsOmizjm0Xw

3

« Born to lose », mais c’est bien sûr ! « Born to lose » ! Alors, ce gars qui marche, —qui tente de marcher, devrais-je dire—, qui avance tout de même devant nous, ce serait « Born to lose » ?  Maintenant que je le regarde mieux, c‘est bien possible… Je te concède volontiers que ma mémoire n’est pas terrible. Disons qu’elle est sélective. Chez moi, elle choisit : la poésie, la musique, surtout la musique d’ailleurs. Born to lose est bien une chanson de Ray Charles. Des années 60, pas vrai ? Tu ignorais l’année de sa création, n’est-ce pas ? 1963, pour être précis. Chacun ses domaines ! Et ton gars, si c’est celui auquel je pense, chantait toujours cette chanson, ou la sifflait. D’où son surnom. Il vous la « servait » aussi à la gare d’Agen, puisque tu m’en parles. Qu’est-ce qu’elle dit déjà cette chanson ? « Born to lose /I’v lived my life in vain / Every dream has only brought me pain »*. On fait plus gai…

Avant de te parler de « Born to lose », j’ai tout de même deux ou trois trucs à te préciser.  Il est bon parfois de remettre les choses à leur place. Si je n’allais pas à vos rendez-vous « moto » devant la gare, c’est que je n’avais pas de moto. Quels jeunes avaient des motos à cette époque, le milieu des années quatre-vingt ? Ceux qui gagnaient leur vie, ou des fils de bourgeois qui avaient les moyens de s’en offrir une. Tu appartiens à la deuxième catégorie, si je ne me trompe… Oh, je sais, tu vas me dire que la tienne, tu te l’étais payée toi-même ! Mais comment ? En économisant, sur ton argent de poche, sur les étrennes de tes grands-parents, en travaillant pendant les vacances. Très bien ! Et pourquoi avais-tu des vacances ? Parce que tu étais sursitaire. Moi je faisais mon service militaire. Tout ton argent, tu pouvais le consacrer à une moto puisque ta famille payait le reste. Je n’étais pas dans la même situation. J’étais sans le sou à cette époque. Le peu que me donnait l’Armée, et ce n’était pas lourd, me servait à rentrer à Agen pour mes permissions tous les quinze jours. Remarque que, dans mon genre, j’étais veinard, on m’avait affecté à Bayonne, chez les paras. Ce n’était pas trop loin. C’était la première fois que je sortais de chez moi et je n’en garde pas un mauvais souvenir. Et c’est vrai que le dimanche matin, quand j’étais à Agen, je vendais l’Huma au marché de la Tour du Pin. Quand on a un père chauffeur à la Ruche méridionale et cégétiste, une mère épuisée et six frères et sœurs, on vend l’Huma le dimanche matin. Je ne dis pas ça pour me plaindre, je n’ai jamais manqué de rien et surtout pas d’amour chez moi. Ni de passions, d’ailleurs ! Et figure-toi que, même si le sort vous a placé au bas de l’échelle sociale, il arrive qu’on consacre son samedi soir à autre chose qu’à picoler et courir les filles. Et c’est là que nous retrouvons « Born to lose ». Où ? Au club de théâtre de Bon Encontre. Ça t’en bouche un coin ? Pas vrai ? Je faisais du théâtre et « Born to lose » aussi. Tu ne savais pas qu’il faisait du théâtre ? Je ne suis pas étonné. Je n’ai jamais rencontré un taiseux pareil. Ce type-là cloisonnait sa vie. C’est tout juste si on connaissait son nom, d’ailleurs, tu vois, je l’avais oublié. Comment dis-tu ? James Simon ? Je crois que tu as raison. Et ce serait le fils du Simon du SUA ? Je n’ai jamais fait le rapport. Le rugby n’est pas ma tasse de thé. Bizarre pour un Agenais, mais c’est ainsi.  

Assez parlé de moi. « Born to lose » ? Il était sacrément doué, ce mec. Je me souviens que nous avions monté Une maison de poupée d’Ibsen. La fille qui était metteuse en scène était féministe. Ceci explique cela. « Born to lose » jouait le rôle de Krogstad, un personnage fort peu sympathique au début de la pièce, un maître-chanteur inquiétant, qui finit par s’humaniser grâce à l’amour d’une femme. Il faisait une composition extraordinaire. Car ce gars — si c’est lui—, n’est pas ordinaire. C’est un artiste. Un vrai. Il y a des gens comme ça. On dirait qu’ils savent tout de la vie avant de l’avoir vécue. 

Quelles failles avait eues « Born to lose » dans son enfance pour être un tel comédien ? Mystère. Peut-être aucune d’ailleurs. Il arrive que ça vienne, de plus loin dans le temps et dans l’espace, un don ! Alors pourquoi lui ? On n’en savait rien. Je te l’ai dit : il n’était pas très communicatif, sauf sur notre passion commune. Ce qu’il faisait le reste de la semaine, au club théâtre, on ne le savait pas. Qui se serait inquiété de sa mère, de son père, d’un garage ? Il venait là pour faire le comédien et rien que cela. Il garait sa moto dans un coin, l’attachait à une grille avec une grosse chaîne et ne s’en occupait plus. Il entrait dans la salle comme dans une arène. Transfiguré, beau, j’ai rarement vu un type aussi beau, aussi habité, aussi heureux de ce qu’il s’apprêtait à faire. Il posait son blouson et son casque sur une chaise en chantonnant Born to lose, comme si cet air faisait partie de son rituel pour quitter la vraie vie et entrer dans sa vie vraie. Il se mettait à la tâche, écoutait les directives avec sérieux, humilité, attention : un vrai sacerdoce. On en restait tous baba. Quand enfin, il montait sur scène, il était incandescent. Nous, les autres, on retenait notre souffle. Il exerçait sur la salle un ascendant puissant. Et même quand il sortait du plateau, il y laissait quelque chose de lui. Comme une odeur, ou plutôt un goût. La soirée finie, je rentrais chez moi avec un manque de théâtre, qui était un manque de lui. Je me souviens qu’il n’était pas très aimé. Admiré, oui ! Il y avait en lui de la douceur, mais aussi beaucoup de violence. C’était une personnalité complexe, contrastée, sulfureuse…, avec quelque chose de maudit. Il aurait eu un accident de moto et il serait parti en Amérique. De tout cela, je n’ai rien su. Je devais être déjà monté à Paris quand c’est arrivé, pour étudier un peu de droit. La CGT avait besoin de former des cadres. Moi, mes humanités, je les ai faites grâce à la CGT. Mais tout a commencé au club théâtre de Bon Encontre. C’est là que j’ai compris qu’il y avait pour moi d’autres chemins que celui de la Ruche méridionale.

Bon admettons que cet homme soit bien « Born to lose ». Tu veux que j’te dise : je te parie que la façon dont il marche, là, devant nous, la façon dont il endosse le costume d’un va-nu-pieds est encore une composition. Je ne dis pas qu’il ne s’est pas clochardisé — ça je n’en sais rien et, si c’est le cas, j’en ai de la peine—, je te dis qu’il se sait clochard et qu’il en rajoute. 

« Born to lose » ! Il jouera son rôle jusqu’au bout. Il choisira sa sortie et ne la ratera pas !

« Né pour perdre, j’ai vécu ma vie en vain /Chaque rêve ne m’a apporté que douleur »

4

Ils me suivaient sur le boulevard. Ils parlaient de moi, je les ai semés. Je n’aurais pas su quoi leur dire. Alors à quoi bon ? « James Simon ! », « Born to lose ! », ils se sont bien égosillés pour rien. Je n’ai pas répondu. Le temps qu’ils réalisent que je n’étais plus devant eux, que j’avais dû bifurquer vers Les Tanneries, qu’ils reviennent sur leurs pas et commencent à m’appeler, j’étais déjà planqué dans ma voiture. Quant à l’idée que je rigolais d’eux dans cette belle auto, elle ne pouvait pas leur venir. Le grand m’a abordé, l’autre jour. J’ai fait celui qui ne le connaissait pas, mais j’ai bien vu qu’il fouillait sa mémoire. Quand il a lâché mon nom, j’ai haussé les épaules et je l’ai planté. Voilà qu’ils sont deux à m’avoir repéré. Ça sent mauvais, il est temps que je dégage. Le petit, je l’ai connu au club théâtre. Un finaud, celui-là. Son nom, je l’ai oublié. Mais des deux, c’est sûrement celui qui a la meilleure vision de moi. Et justement je ne veux pas qu’il en ait la moindre. Qu’il croie ce qu’il a vu : un clochard, un paria, un déchet de l’humanité, qu’il aurait peut-être rencontré dans une ancienne vie… et qu’il m’oublie !

Putain, ce froid ! Bien brouillardeux pour mouiller les cols et les cœurs ! Où est ma bouteille, je l‘avais mise sous le siège. Rien de tel qu’un peu de Jack Daniel’s pour se réchauffer ! Le meilleur whisky, celui de chez moi. C’est où chez moi, au fait ?  Ici ou à Nashville ? Il faudrait que je le sache tout de même. À bientôt soixante ans ! Quatre jours, non cinq, que je suis en France et j’ai l’impression d’avoir retrouvé un chez moi. J’étais pourtant parti pour ne plus revenir. Celle qui me retenait ici, après la fuite de ma mère, après le suicide de mon père, m’avait signifié mon congé. Où est ma bouteille ? Je peux m’asseoir maintenant, ils sont sûrement loin, les deux fantômes ! Contact, chauffage ! Retirage de bonnet mouillé, de veste immonde et de godasses éculées ! Enfilage de chaussettes sèches, lampées de whisky : voilà qui vous change un homme.

Catherine de S., celle que depuis toujours j’appelle Kate, — pour faire américain ! —, est morte. Je ne l’ai pas revue. « Venez, monsieur, on vous demande, la grande faucheuse n’attendra plus longtemps. » Je suis arrivé trop tard. Je suis allé chez Virginie, la vieille bonne de la famille de Kate. Je ne pouvais pas me présenter au « château ». Elle m’a raconté que Kate était partie en murmurant mon nom. Est-ce vrai ? Est-ce pour la légende ? Quelle incorrigible romantique, cette Virginie !

Kate, ma Kate ! Toi qui fus ma première, celle qu’on n’oublie jamais. J’avais dix ans lorsque je t’ai surprise à la rivière, toi, quatorze donc. Rencontre radicale qui fixa définitivement mes préférences sexuelles et sans doute aussi ma vocation artistique ! Ce jour-là j’ai donc vu tes seins. Sur ton torse à peine bombé, deux boutons sombres, durcis par la fraîcheur de l’eau ! Dans mon trouble de petit garçon, je devinais qu’ils n’avaient pas connu d’homme, que j’étais le premier. Pétrifié, orgueilleux déjà, je n’osais bouger par peur d’être chassé. Tu m’as fait signe d’approcher. Je baissais les yeux comme un qui n’a pas le droit. D’un doigt tu m’as relevé le menton. « Touche ! » Kate, ce sont mes mains, ma bouche, qui ont éveillé tes seins. C’est mon enfance qui les a sortis de la leur ! Sais-tu qu’il m’arrive souvent de voir, dans mes songes, tes seins s’épanouir en fleurs ? 

                  Tu es morte. J’ai vu ton caveau ce matin. Tu sais que j’ai toujours aimé le travestissement. Que dis-tu de mon costume de deuil, celui d’un vagabond, d’un abandonné ? Je n’ai jamais cessé de t’aimer, Kate. Depuis le jour de la rivière, j’ai arrosé tes roses, j’ai pleuré à la douleur de leurs épines, à la douceur de leurs pétales aussi. Notre histoire a duré douze ans. Ça s’appelle un grand amour, non ? « Born to lose, and now I’m losing you », for good ! Pour de bon, définitivement, à jamais…

                  J’ai endurci mon cœur… J’ai calculé l’autre jour que la fille qui m’attend à Nashville est ma vingtième. Je sais même qui sera la prochaine ! Pour une vingt-et-unième, elle fera l’affaire ! Elle a de petits seins, comme les autres.

                  Bon il faut que j’m’arrache. Je serai à Paris au matin. A temps pour me changer, me raser, attraper mon vol ! Peter m’attendra à l’aéroport avec ma Mustang et, même si à Nashville il ne fait pas aussi froid qu’ici, Mum Lola aura fait du feu dans la cheminée.

                                                                                                   Emilie KAH août 2020

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