La « petite madeleine » de PROUST

Tout le monde connaît l’histoire de Marcel Proust et de sa petite madeleine. Mais qui s’intéresse à la façon dont il a fait revenir ce souvenir en lui ? Une « éveilleuse d’idées », bien sûr ! Jugez plutôt.

Proust vient de manger un morceau de madeleine trempé dans du thé.

(…) Mais, à l’instant même où la gorgée mêlée de miettes de gâteau, toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. (…) D’où avait pu me venir cette puissante joie ? (…) Que signifiait-elle ? Comment l’appréhender ? (…) Je pose ma tasse et me tourne vers mon esprit. C’est à lui de trouver la vérité. (…) Il est en face de quelque chose qui n’est pas encore et que seul il peut réaliser et faire entrer dans la lumière. (…) Je demande à mon esprit un effort de plus, de ramener encore une fois la sensation qui s’enfuit. (…) J’écarte tout obstacle, toute idée étrangère (…) Mais sentant mon esprit qui se fatigue sans réussir, je le force au contraire à prendre cette distraction que je lui refusais, à penser à autre chose, à se refaire avant une tentative suprême. Puis une deuxième fois, je fais le vide devant lui, je remets en face de lui la saveur encore récente de cette première gorgée et je sens tressaillir en moi quelque chose qui se déplace, voudrait s’élever, quelque chose qu’on aurait désancré, à une grande profondeur ; je ne sais ce que c’est mais cela monte lentement (…)

Arrivera-t-il jusqu’à la surface de ma claire conscience, ce souvenir, l’instant ancien que l’attraction d’un instant identique est venue de si loin solliciter, émouvoir, soulever tout au fond de moi. (…) Dix fois il me faut recommencer, me pencher vers lui.

(…) Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu.

J’aurais voulu vous recopier l’intégralité du texte, tant chaque phrase y est importante. La suite vous la connaissez.

Folio n° 820 Du côté de chez Swann– Marcel PROUST  p 56 à 61

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Ne désespérez pas de trouver une bonne idée


Vous avez un article à écrire, un nouveau chapitre pour votre roman à imaginer, un courrier embarrassant à rédiger, que sais-je ? Vous tournez le problème dans tous les sens, sans parvenir à trouver une idée qui vous convienne. Sans doute, vous sentez-vous terriblement frustré, et même triste : « Je suis nul ! Et pourquoi donc j’essaye d’écrire ! Je n’y arriverai jamais… ». 

Et bien je crois que cette phase de désespérance fait partie du processus de création. J’ai remarqué qu’il faut parfois que je patauge « grave » pour que quelque chose d’original me vienne. 

Comme je m’intéresse à la créativité, je m’observe en train de chercher des idées. Je suis en panne. Je cherche, je tourne et retourne des mots, des bribes de phrase, des embryons de concept, je feuillette mes carnets de notes. Rien ne me vient ; je m’enfonce dans une boue noire… Un beau matin — c’est souvent le matin —, l’idée sort de ce magma brouillon et obscur. Elle arrive, lumineuse, évidente, fluide. On dirait que mon cerveau s’est mis en ordre, à mes ordres. Je développe ce miracle sans effort. C’est très jouissif.

Avez-vous, vous aussi, connu cette expérience ?

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